Construire sur les ruines, avec Nastassja Martin, au 2ème étage du chateau du Val Fleury de 16h à 17h

 

Philippe Pignarre est l’éditeur des « Empêcheurs de penser en rond ». Il est notamment l’auteur à la Découverte du Grand secret de l’industrie pharmaceutique (2003, 2004) et, avec Isabelle Stengers de La sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoutement (2005, 2007). Il a traduit Le Champignon de la fin du monde en 2017 et Friction en 2020 de Anna L. Tsing.

Les Empêcheurs de penser en rond
Au cours de leurs multiples pérégrinations, les Empêcheurs de penser en rond se définissent comme une collection et non pas comme une maison d’édition, préférant les échanges et les confrontations dans un univers diversifié, faisant aussi le choix de travailler avec les professionnels indispensables à la fabrication et à la promotion de livres de qualité. Si l’aventure a commencé sur un coup d’audace au sein d’un laboratoire pharmaceutique (une alliance qui n’est pas allée sans friction !), elle s’est poursuivie au Seuil, puis à La Découverte, une maison à laquelle les Empêcheurs sont liés par beaucoup d’intérêts communs.

Ce n’est pas tant une « ligne éditoriale » précise et fermée qui a jamais défini les Empêcheurs, mais une volonté d’expérimentation toujours en cours. Au fil des années, plusieurs domaines se sont imposés, mais tout a commencé avec l’histoire, la sociologie et l’anthropologie de la médecine et de la psychiatrie. Le premier titre publié en 1989, Hypnose, blessure narcissique de Léon Chertok et Isabelle Stengers, fait un lien parfait entre ce moment et tout le reste de l’histoire. Le travail de Bertrand Méheust (entre autres Somnambulisme et Médiumnité, en 1999) permet de poursuivre dans cette voie et sera suivi de la réédition des œuvres de Ernesto de Martino. Enfin, la rencontre avec Tobie Nathan et l’ethnopsychiatrie a été des plus fructueuses dans ce parcours.

Au long de ce chemin emprunté en 1989, Isabelle Stengers (à qui on doit le nom de la collection) a été celle qui, sans porter la responsabilité de tous les choix – reconnaissons qu’ils ont été inégaux –, a donné l’impulsion, conseillé des auteurs, comme Vinciane Despret ou Starhawk (les livres de cette dernière ont été réédités aux éditions Cambourakis), réorienté les grands choix. Ainsi un moment important a été l’édition d’Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient (2009) qui ouvre la voie à la publication de nouveaux auteurs : David Abram, Émilie Hache, Deborah Bird Rose, Anna Tsing et, bientôt, Donna Haraway. Elle nous incite à rééditer des œuvres de John Dewey ou de William James. Mais parler d’Isabelle Stengers, c’est tout de suite en venir à Bruno Latour. Ses premiers travaux (La Vie de laboratoire, Pasteur, guerre et paix des microbes, publiés aux éditions La Découverte) viennent répondre à une des préoccupations fondatrices des Empêcheurs : qu’est-ce que la science ? Comment se fait-elle ? Qu’en attendre ? Dès les premières années des Empêcheurs, nous organisions avec Bruno Latour et Michel Callon de grandes manifestations publiques (les 20 ans du Centre de sociologie des sciences de l’École des mines ; la reconstitution salle Gaveau d’une conférence de Pasteur contre la théorie de la génération spontanée avec Bruno Latour dans le rôle-titre). Sur les conseils de Bruno Latour, nous rééditons aussi les œuvres de Gabriel Tarde. Enfin, le livre de Bruno Latour, Face à Gaïa, reste le marqueur pour une nouvelle génération d’auteurs comme Frédérique Aït-Touati, Pierre Charbonnier, Sébastien Dubreuil ou Nastassja Martin.